Éditoriaux
Le litre d’essence à 10$, les plaques à 3500$. Vite une moto = une auto.Le Journal Y - Québec, 20 février 2021 Le gouvernement libéral de Mme Julie Boulet, en collaboration avec le Président de la S.A.A.Q M. Jean-Marie De Koninck ont conjointement annoncé hier à Québec les nouvelles règles en matière d’immatriculation moto au Québec. Dès le 1er avril, les motocyclistes québécois (plus de 50 000 adeptes) devront débourser 3500 $ pour circuler sur les routes du Québec. « Le nombre de motocyclistes est en baisse au Québec, et ce groupe d’usagers coûte très cher au système d’assurance semi privé mis en place à la suite du départ de M. John Harbour en 2010 », a expliqué M. De Koninck. En plus de cette hausse, les motocyclistes québécois se verront dorénavant forcés de payer une surtaxe sur le litre d’essence fixée à 10 $, nécessaire selon M. De Koninck, afin d’assurer la pérennité du système et d’agir en société d’état responsable. M. De Koninck explique – « La S.A.A.Q a le mandat d’éliminer complètement le risque de mort et de blessures sur la route au Québec. Ces mesures sont implantées dans le cadre de la politique 0 risque mis en place par notre Société et sont parfaitement alignées avec le projet « marchons pour aller travailler » recommandé par la table de concertation sur l’élimination des risques dans le concept utilisateur payeur. Ces mesures s’ajoutent aux mesures entrées en vigueur en 2015, soit la limitation des cc à 250, l’interdiction de circuler à plus 70 km/h sous peine de GEV et l’obligation de la pose de pneus d’hiver pour l’année complète afin de minimiser les risques encourus par les motocyclistes. Rappelons que malgré la mise en place de ces mesures par le gouvernement libéral depuis 20 ans, le ratio de réclamations par usager demeure inchangé au Québec vu que l’âge moyen des motocyclistes et maintenant de 61.4 ans. Vous souriez ? Pourtant, à moins d’une prise de conscience de l’ensemble des motocyclistes au Québec, c’est plus dans le sens de cette caricature que l’on s’en va que vers le contraire. Il n’y a aucuns doutes dans notre esprit. Vous êtes propriétaire de trois Harley? d’une sport? d’une touring? d’un super motard? d’un scooter? de quelque chose qui a deux ou encore trois roues et un moteur? Vous êtes capable ou pas de payer le prix de votre immatriculation? Vous roulez 200 ou 100 000 km annuellement ? Peu importe votre réponse, ce que nous avons à vous dire s’adresse à vous tous… Depuis la première opération escargot en avril 2009, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et nous avons eu le privilège de rencontrer une foule de gens du milieu, la ministre, le président de la S.A.A.Q et différentes associations moto. 17 manifestations plus tard, à défaut d’avoir gagné un moratoire, nous croyons être en mesure de dresser un portrait de ce que nous considérons être en premier lieu une problématique en matière de politique gouvernementale et de l’autre une problématique qui est la propriété unique de nous tous, les motocyclistes. Les gouvernements et les hauts fonctionnaires se sont succédés depuis plus de 40 ans au Québec avec un dénominateur commun envers la moto : le mépris. S’il est possible de comprendre qu’une telle mentalité ait pu prendre place en regard du passé criminalisé qui a coloré la minorité visible motocycliste pendant plusieurs années, en 2010 cette approche est non seulement désuète, mais elle fait fi des réalités et des enjeux économiques, environnementaux et de sécurité routière les plus élémentaires. Cette attitude historiquement méprisante du gouvernement et de la SAAQ est une attitude rétrograde, sans envergure et d’une irresponsabilité sociale indigeste. Regardons la chose de plus proche… Quelles sont les priorités de notre gouvernement actuel ? Il nous répond que ce sont l’économie, l’environnement et la santé avec le citoyen au centre de sa réflexion. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est M. Raymond Bachand, ministre des Finances qui le crie sur tous les toits depuis des semaines, en nous mettant en garde sur le fait que nous devons faire des choix « de société » en matière de finances publiques… Ne vous inquiétez pas M. Bachand, nous trouverons bien le moyen de souligner votre démagogie, vous qui osez comparer un enfant mourant du cancer à un motocycliste « gâté »… que de propos faciles et réducteurs pour nous. Mais bien justement, concernant la moto, nous avons quelques mots à vous dire... La moto au Québec c’est plus d’un milliard de dollars dans l’économie. Ce n’est quand même pas rien. Quand on regarde le ministère du Tourisme tout pour attirer les motocyclistes aux 4 coins du Québec, il est à se demander quel est le sens de la vision gouvernementale en place. Dans la décision de la SAAQ en 2006 d’aller chercher 120 millions de dollars dans la poche des motocyclistes, est-ce que quelqu’un s’est posé la question sur l’impact d’une telle décision dans l’économie du Québec ? Et si ça coûtait 200 millions à l’ensemble de l’économie de l’État cette grande politique visionnaire de la SAAQ ? Le minimum en bonne gestion serait à tout le moins de le faire mesurer… La santé ? Les motocyclistes se blessent, en proportion plus souvent à la suite d’une erreur d’un automobiliste, mais se blessent tout de même parfois gravement. Les coûts de santé augmentent, donc la facture augmente, donc que faut-il faire ? Normalement, et dans n’importe quelle famille, si les coûts augmentent, on diminue les dépenses afin de faire balancer l’équation. Mais pour la S.A.A.Q, la vision de l’équation est différente… alors augmentons les tarifs aux motocyclistes afin de faire équilibrer le budget et encore plus, libérons les automobilistes de cette charge… le « no fault » avec le partage des coûts à l’ensemble des usagers, ce n’est plus pour les motocyclistes… ah oui ? Pourquoi ne pas avoir tenté de diminuer les dépenses ? Quels sont les programmes de formation en place pour les motocyclistes ? Quels sont les mesures mises de l’avant par la SAAQ afin d’améliorer le bilan motocycliste ? À quand des campagnes de sensibilisation destinées aux automobilistes qui concernent spécifiquement la moto ? À quand des programmes de perfectionnement ? À quand des mesures de sécurité concrètes comme la modification des garde-fous afin de minimiser le risque de blessures ? À quand l’intégration de la moto dans une réelle politique de sécurité routière au Québec ? La réalité ? La SAAQ n’a rien fait en ce sens depuis l’apparition du casque obligatoire en … 1973. Et le citoyen maintenant ? Les motocyclistes québécois ont toujours tenté de faire valoir des arguments axés sur le gros bon sens et sur des faits probants en matière de moto. Il n’y a qu’à lire les mémoires déposés par la FMQ et le CAPM au fil des ans qui ont proposé des pistes de solutions sensées à la base du gros bon sens motocycliste, mais AUCUNE recommandation, peu importe d’où elle vient, peu importe sa nature, n’est prise en compte par les autorités. Quelle est donc la nature de la relation entre le gouvernement actuel et le citoyen : causez toujours citoyens, je me fous éperdument de ce que vous avez à dire. Je fais semblant de vous écouter et je fais ce que je veux… Voilà la réalité. Bravo pour la démocratie et le rôle du citoyen… Pire encore, alors que le gouvernement Charest se targue d’avoir une politique environnementale des plus vertes en Amérique du Nord, la moto n’est aucunement envisagée comme un élément de solution en matière de transport public. Pourtant, 27 villes en Amérique du Nord permettent l’accès aux voies réservées et/ou offrent du stationnement incitatif aux motocyclistes afin de décongestionner leurs centres-villes. En Europe, des mesures de ce type existent depuis des lunes et en plus nous pouvons ajouter que la consommation d’essence est au minimum deux fois moins élevé comparativement à celle d'une automobile pour parcourir le même kilométrage, mais au Québec, c’est vrai, nous sommes tellement distincts… Le parc moto dans le monde, c’est presque 320 millions de véhicules et ce nombre augmente sans cesse année après année. Tout dépendant de l’endroit où l’on se trouve dans le monde, c’est parfois un moyen de transport, un véhicule pour le pauvre, et c’est aussi un loisir pour beaucoup de gens. Il est temps que le gouvernement québécois comprenne la valeur économique, environnementale et sociale de l’intégration de la moto dans ses politiques. Pour nous c’est simple : une moto = une auto. Mêmes droits, mêmes couvertures, mêmes règles et surtout pas sous le concept utilisateur payeur, sinon nous exigeons que les skieurs payent pour une part de risques plus grande à utiliser le système de santé. Nous exigeons que dans les garderies, les parents d’enfants turbulents payent 15 $ par jour au lieu de 7 $ parce qu’ils coûtent plus chers que les autres à 7$ qui sont tranquilles. Nous voulons avoir le droit de ne plus payer pour le transport en commun que nous n’utilisons pas. Nous ne voulons plus payer pour des écoles que nous n'utilisons pas. En voulez-vous d’autres ? Nous acceptons en tant que citoyens, au nom du partage des coûts en société, de payer pour des services dont nous ne profitons pas, pour lesquelles nous coûtons moins cher que d’autres parce qu'en fin de compte vivre ensemble c’est accepter de partager la facture en groupe. Alors comme motocycliste nous voulons être traité et payer l’équivalent des frais reliés à ceux d’un automobiliste et usager normal de la route, rien d‘autre. Maintenant, chers amis citoyens, motocyclistes et motards, c’est un peu de notre faute ce qui se passe. Après près d’une année dans le dossier, nous ne pouvons que constater une forme d’échec dans notre manière (comme motocyclistes en général) de s'attaquer au dossier. Au nom d’avoir raison sur les solutions à apporter, nous nous sommes trop morcelés dans des opinions différentes, des approches différentes et des propositions différentes toutes dépendantes de nos allégeances à tel ou tel groupe qui nous représente. Les différences d’opinions sur ce qui devrait être fait font rage depuis toujours et nous ont trop souvent désunis. Peu importe les solutions à avancer et qui les propose (ce n’est pas vraiment important à mon avis), tant et aussi longtemps que nous conserverons cette approche de qui a tort et qui a raison sur ce qui devrait être fait en matière moto, nous nous empêchons de régler le problème de base : le mépris du gouvernement et de la SAAQ envers nous tous. Nous vous prédisons la chose suivante : sans union, sans la force combinée de tous les organismes motocyclistes du Québec, le gouvernement ne modifiera pas son attitude historique de mépris envers notre milieu, notre moyen de transport et notre loisir. En fin de compte, voilà la mission d’Escargot : unifier la moto autour d’un enjeu, celui de la reconnaissance du milieu, de son apport économique et environnemental. Et c’est pourquoi Escargot continuera de contester sans relâche afin de générer une visibilité médiatique du dossier, et ce, jusqu’à ce que ces préjugés prennent fin et, qu’en fin de compte, les organismes présents aujourd’hui ainsi que ceux de demain soient respectés des autorités et que la moto prenne la forme moderne de ce qu’elle doit devenir dans la société québécoise. Être membre Escargot c’est simple : c’est de publiciser l’enjeu de la moto. C’est de permettre aux autorités motocyclistes compétentes d’être écoutés et pris en compte pour finalement changer l’histoire de la moto d’ici. Finalement, c’est de dire, une moto, c’est comme une auto. Eric Lessard et l’équipe du Mouvement Escargot Comments (15)
Mis à jour (Mercredi, 10 Mars 2010 18:49) |












